HAROPA

Newsletter #8 - Votre question

- Ports de Haropa

Publié le

La filière sucre a-t-elle été sous influence du Brésil durant la crise ?

Comme souvent pour le sucre, c’est la situation brésilienne qui a le plus impacté le marché ces dernières semaines.

Ainsi, en 25 ans, le Brésil est devenu un géant de la filière sucre avec une multiplication par 4 de sa production, atteignant 30 millions de tonnes (Mt) en 2019, après être montée jusqu’à 40 Mt en 2016. C’est en grande partie grâce à la politique en faveur de l'éthanol menée par le gouvernement brésilien depuis presque 40 ans et à la flexibilité des usines transformant la canne que l’essor de la production sucrière a pu se réaliser. Ces usines peuvent ainsi produire du sucre et de l'éthanol dans des proportions fixées par leur configuration, ce qui permet au Brésil d’arbitrer chaque année sa production en fonction du marché mondial (demande, cours, concurrence…).

Mais le Brésil a également connu une explosion de ses exportations. Ainsi, en exportant jusqu’à 70% de sa production, il représente certaines années près de 50% des échanges mondiaux, exerçant ainsi une influence considérable sur ce marché.

Durant cette période de crise sanitaire, la faiblesse du réal brésilien face au dollar et l’effondrement du prix du pétrole ont ainsi poussé les usines brésiliennes à fortement orienter la canne vers la production et l’exportation de sucre au détriment de la production d’éthanol. La production brésilienne est ainsi attendue en hausse de 10 Mt.

L’Inde, qui était passée devant le Brésil l’an dernier en terme de production, devrait également voir cette dernière augmenter, tandis que la consommation intérieure devrait baisser en lien avec le confinement. En Inde, la crise sanitaire, outre la consommation, a momentanément impacté les exportations car les ports indiens ont tourné au ralenti quelques semaines. Celles-ci sont cependant aujourd’hui reparties.

Grâce à ces hausses de production au Brésil et en Inde, le marché mondial du sucre, qui avait affiché l’an dernier un déficit de -9,8 Mt, n’est donc attendu cette année que très légèrement en déficit à -1,6 Mt (source : FO Litch).

Par ailleurs, la consommation de sucre a ralenti dans le monde du fait des fermetures des bars et restaurants ainsi qu’à l’annulation d’événements sportifs et festifs qui impactent la consommation de sodas et de glaces. La consommation ne poursuivra donc pas la croissance de ces dernières années.

La hausse de la production de sucre cumulée au ralentissement de la consommation mondiale a entraîné les cours du sucre à la baisse, ceux-ci ayant atteint en avril leur plus bas niveau depuis 12 ans.

En France, les surfaces ensemencées en betteraves devraient baisser de 5% cette année en prévision des fermetures d’usines annoncées pour 2021, ce qui laisse espérer aux producteurs de sucre une remontée des cours européens.

Enfin, comme prévu, l’exportation vers les pays tiers est à nouveau en baisse avec 400kt prévues sur la campagne 2019/2020 contre 570kt réalisées l’an dernier et 1,337Mt il y a 2 ans (données FranceAgriMer).

Retour sommaire