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L’industrie pharmaceutique en France : vers l'indépendance sanitaire ?

L’industrie des produits de santé est un secteur d’activité fondamental en France. Les 271 sites de production de médicaments sont principalement répartis sur 4 régions : Ile-de-France, Centre-Val de Loire, Auvergne-Rhône-Alpes et Normandie. La France est aujourd’hui le 4ème producteur pharmaceutique européen derrière la Suisse, l’Allemagne et l’Italie.

La production française est très axée sur les produits matures. Ainsi, les 2 tiers des molécules composant les médicaments fabriqués dans nos usines ont près de 20 ans d’existence. Les médicaments français sont par conséquent soumis à une forte concurrence des génériques produits en grande partie en Inde, aux Etats-Unis, en Israël et au Brésil. Ce recours accru aux médicaments génériques a par ailleurs été renforcé par la politique française de santé publique qui est axée, depuis plus de 15 ans, sur des décisions de baisse de prix dans le but de protéger le système de sécurité sociale du pays.

La pression sur les prix des médicaments s’intensifiant, les laboratoires européens ont massivement délocalisé et fait appel à la sous-traitance en Asie pour la production des principes actifs.

D’autre part, alors que le secteur des biotechnologies de santé connaît un développement important, la France n’est pas encore très présente sur le marché des produits innovants. Parmi les 271 sites de production, seuls 32 sont des sites de bioproduction.

Toutefois, la filière des produits de santé représente aujourd’hui en France un chiffre d’affaires annuel de 55 milliards d’euros. Avec près de 50% de produits exportés (en valeur), ce secteur est le 4ème contributeur à la balance commerciale. Témoin de la structuration du secteur et du recours aux importations, HAROPA – Port du Havre affiche une augmentation des flux de produits pharmaceutiques de 25% sur la période 2015 - 2019.

La filière pharmaceutique très sollicitée durant la crise

La crise sanitaire et le confinement n’ont pas arrêté la production. Celle-ci a au contraire été maintenue voire renforcée pour les produits les plus demandés, tels que ceux de réanimation. Cette hausse de production a engendré des coûts supplémentaires : renforcement de certaines lignes de production, mise en place de mesures barrières et aménagements d’horaires, surcoûts d’équipements et de transport avec un recours accru à l’aérien - malgré des taux de fret très élevés - pour éviter les pénuries. Mais globalement, les grands groupes pharmaceutiques ont connu une hausse d’activité et donc de chiffre d’affaires.

On assiste à l’heure actuelle en Europe à une course au vaccin contre le coronavirus, avec la mise en place de partenariats ou fusions entre entreprises du secteur afin de bénéficier des compétences dans le domaine de la recherche & développement. 4 membres de l’Union Européenne – la France, l’Italie, l’Allemagne et les Pays-Bas – ont également formé une alliance pour produire un vaccin avec les aides levées pour financer la R&D.

Des acteurs confrontés à quelques tensions logistiques durant la crise

Les taux de fret aérien ont été multipliés par 6 à 8 depuis le début de la crise sanitaire, entraînant un report vers le transport maritime excepté pour les produits de santé à durée de vie très limitée. La gestion du trafic maritime des produits pharmaceutiques a été perturbée par les blank sailings, les retards de navires et par la problématique du manque de conteneurs reefer vides.

Les laboratoires estiment à ce jour que la situation est presque revenue à la normale grâce aux réponses réactives des compagnies maritimes face à leurs alertes exprimées même s’ils signalent encore parfois un manque de capacité des navires.

Dès lors, les laboratoires souhaitent aujourd’hui une priorisation des conteneurs reefer pour le fret de produits pharmaceutiques par rapport aux autres marchandises. Ils sont prêts à payer des taux de fret plus élevés en échange d’une priorisation de leurs produits de la part des armements. Ces derniers cherchent quant à eux à augmenter le retour des conteneurs reefer en favorisant le « NOR » (Non Operating Reefer - non branché) entre l’Asie et l’Europe, ce qui pourrait permettre en plus aux principes actifs importés de bénéficier de l’isolation des conteneurs reefer.

Et maintenant ? Le souhait de l’indépendance sanitaire.

La crise sanitaire a amplifié la dépendance des entreprises du secteur envers certains pays asiatiques et en particulier la Chine et l’Inde. Avec 60 à 80% des principes actifs et médicaments fabriqués en Asie, cette dépendance fait craindre des ruptures de stock et d’approvisionnements de médicaments, principes actifs et génériques.

Face à ce constat, le gouvernement français prône aujourd’hui le retour à l’indépendance sanitaire du pays. Un débat ouvert à tous les acteurs de la chaîne avec plusieurs pistes à l’étude :

  • Privilégier les relocalisations en France ou en Europe de la production des principes actifs - produits de chimie de base - et de médicaments usuels

Afin d’éviter les situations de rupture de stock, l’Etat français a ainsi annoncé la relocalisation de la production de médicaments usuels tels que le paracétamol, actuellement fabriqué en Chine et en Inde et dans une moindre mesure au Brésil. Par ailleurs, la crise sanitaire a mis en évidence que les quelques laboratoires qui, figures d’exceptions, avaient conservé une partie de leur production de principes actifs en France ont su être beaucoup plus réactifs lorsque la Chine et l’Inde souffraient de difficultés opérationnelles pour leurs exportations. Les relocalisations seront toutefois confrontées à la forte pression qui pèse sur les prix dans le but de contenir les dépenses de santé.

  • Investir dans l’innovation afin de renforcer la biotechnologie en France

Ainsi, si le domaine des biotechnologies ne représente à ce jour que 20% des médicaments en valeur, ce domaine est en plein essor et la profession estime que son niveau sera de 50% en 2030.

  • Renforcer les produits de chimie et de biotechnologie

Cette troisième piste consiste à la fois à renforcer le rôle de la France dans le domaine des principes actifs de chimie de base tout en investissant dans l’innovation.
Le Leem (syndicat français des industriels du médicament) travaille par ailleurs avec le gouvernement à la mise en place d’un pacte industriel en faveur d’une indépendance sanitaire qui pourrait être présenté à l’occasion du Conseil Stratégique des Industries de Santé en 2021.

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