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Grande distribution & retail : l’impact  de la crise sur la logistique

La grande distribution et le retail, bien qu’impactés de manière inégale selon les secteurs d’activités, figurent parmi les filières les plus touchées par la crise sanitaire, filière déjà fragilisée par les mouvements sociaux de fin 2019 et début 2020.

Des impacts très variables selon les secteurs d’activités

La grande distribution généraliste, portée par les ventes alimentaires, a bien résisté à la crise sanitaire. Filière principale pour la vente de denrées alimentaires et produits de première nécessité, la fermeture des bars et des restaurants lui a également été profitable dans une certaine mesure.

En revanche, la grande distribution spécialisée et le secteur retail ont beaucoup souffert de la crise sanitaire et de nombreuses entreprises de ce secteur se retrouvent aujourd’hui en grande difficulté. Ces filières, qui fonctionnent à flux tendus, ont des sources d’approvisionnement principalement asiatiques, conjuguant ainsi une première vague de difficultés avec des exportations ralenties en provenance d’Asie, puis une deuxième vague d’importations excédentaires arrivées en France.

Du côté des ventes, la fermeture des magasins hors alimentaire a entrainé une forte baisse de la consommation. L’industrie de l’habillement et du textile a particulièrement souffert avec des ventes qui ont massivement chuté. En France, on note ainsi dès le premier trimestre 2020 une contraction des échanges dans le secteur de l’habillement, après 3 années de hausse. Il est fort probable en outre que le volume des ventes reste bas dans les mois à venir du fait de la baisse du pouvoir d’achat des ménages à prévoir post-covid.

Plus globalement pour la filière retail et grande distribution spécialisée, la réduction importante du volume des ventes ne permet pas d’écouler les stocks créés dans les entrepôts et sur les terminaux portuaires. Ceux-ci risquent de retarder la reprise car la première étape sera de vendre les stocks existants. 

Les entreprises de ces secteurs estiment ainsi que les importations seront basses jusqu’en octobre avec des réductions de flux de -15 à -30% par rapport à leurs approvisionnements habituels. Dans ce contexte, elles estiment à ce jour être encore dans la gestion de crise et non dans une phase de reprise d’activité. 

Des espaces de stockage saturés

La baisse des ventes a entrainé une triple saturation à divers degrés des espaces de stockage : dans les entrepôts des chargeurs, dans les plateformes logistiques des prestataires et sur les terminaux portuaires dans une moindre mesure.

Ainsi, avec le confinement et la chute des ventes, les entrepôts des chargeurs et des plateformes logistiques se sont très vite retrouvés saturés. Pour pallier la saturation de leurs propres entrepôts, certains chargeurs ont loué des surfaces de débord proches afin d’augmenter leur capacité de stockage jusqu’à parfois 100 000m² supplémentaires.

En parallèle, les marchandises commandées avant le confinement ont continué d’arriver dans les ports. Mais avec la fermeture des sites de certains chargeurs durant le confinement et des entrepôts logistiques saturés, les marchandises se sont retrouvées bloquées sur les terminaux et n’ont pas pu être évacuées au rythme habituel. 

Les entreprises, particulièrement dans les secteurs de la grande-distribution spécialisée et du retail dont les articles sont souvent saisonniers, craignent donc un phénomène de surstock pour 2021.

Autre conséquence, cette immobilisation prolongée des marchandises a eu un fort impact sur les prix, avec des coûts de stationnement et de stockage dépassant parfois celui du fret.

La réaction des acteurs de la filière face à la crise

Afin de réduire les impacts de la crise sanitaire, les entreprises ont parfois réorganisé leurs activités et repensent leur organisation logistique.

  • essor du e-commerce avec les changements d’habitude de consommation

Pour faire face à la fermeture des magasins, certaines enseignes notamment en France se sont tournées vers le e-commerce et vers le drive qui ont connu un véritable essor afin de répondre aux besoins de leurs clients tout en réduisant l’impact des fermetures de leurs magasins. Certains entrepôts dédiés e-commerce ont ainsi connu des surcroits d’activité dépassant les 200%. Néanmoins, bien que le e-commerce – parfois assorti d’actions promotionnelles - ait permis d’évacuer une partie des stocks, ces ventes n’ont compensé que partiellement les pertes de ventes des magasins. 

En parallèle, la fermeture des magasins a entraîné une digitalisation accélérée des habitudes d’achat. Les consommateurs – y compris certains auparavant réticents à acheter en ligne - se sont massivement orientés vers le e-commerce pour leurs achats. 
Il est par conséquent fort probable que l’activité e-commerce reste sur une dynamique de croissance post-covid.

  • optimisation de la supply chain

Dans le but d’évacuer plus rapidement les marchandises, une solution pour les entreprises est le recourt au transport multimodal qui leur permet de multiplier les solutions de post-acheminement disponibles et de bénéficier d’alternatives au transport routier en cas de congestion. Certains chargeurs envisagent ainsi de répartir plus largement leurs flux autour de points de massification, comme la Plateforme Multimodale de HAROPA - Port du Havre qui permet de favoriser le report modal.

Les entreprises sont par ailleurs en recherche de solutions de stockage moins chères hors des terminaux maritimes. Les plateformes de stockage disponibles tout au long de l’Axe Seine offrent des franchises de stationnement plus importantes ce qui permet d’optimiser les coûts de stationnement.
 

  • stratégie de sourcing repensée

Depuis quelques mois, la très forte dépendance de la France vis-à-vis de l’Asie pour les produits finis et composants est remise en cause. 

Ainsi, certaines entreprises sino-dépendantes à près de 100% envisagent des relocalisations d’usines. Néanmoins, du fait notamment du différentiel important entre les coûts du travail en Asie et en Europe de l’Ouest, il est probable que seules quelques relocalisations aboutissent sur le territoire français, dans des domaines tels que la pharmacie ou les équipements médicaux.

Pour la grande-distribution et le retail, les relocalisations s’orientent plus vers des pays et zones géographiques tels que le Maghreb, la Turquie, l’Europe de l’Est, l’Amérique Latine ou le Mexique. Outre les relocalisations dans des pays plus proches, une logique de multisourcing émerge, avec ce même objectif de réduire la dépendance asiatique.

Mais ces évolutions se feront sur la durée et la Chine restera encore un fabricant incontournable dans de nombreux autres secteurs.

Autre conséquence de cette crise sanitaire, il est probable que certaines enseignes repensent leur modèle qui est aujourd’hui 100% à flux tendu en créant des stocks tampons en proche import (bassin méditerranéen et Maghreb) afin de réduire les risques de blocage de la supply chain.
 

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